Le 8 du périnée : se relaxer dans son centre
On entend souvent parler du périnée.
Mais qu’est-ce que c’est réellement ?
Le périnée — ou plancher pelvien — est un ensemble de muscles situé à la base du bassin. Il soutient les organes, participe à la continence et à la sexualité, mais joue aussi un rôle clé dans la respiration, la posture et la stabilité du tronc.
Intimement lié au diaphragme et au système nerveux, il s’adapte en permanence aux variations de pression à chaque respiration. Il influence ainsi notre régulation interne et notre sensation de sécurité corporelle.
La relaxation dans le 8 du périnée transforme la façon dont on perçoit ce centre corporel — cet espace d’ancrage, de vitalité et de conscience. À travers la respiration et la visualisation d’un mouvement en forme d’infini, elle invite à la détente profonde, à la régulation et à une reconnexion intime au bassin.
Ce n’est pas un exercice de contraction.
C’est un travail de conscience, de régulation et de présence.
Si tu veux simplement pratiquer, clique ici.
Si tu veux comprendre les fondements de cette approche, je te souhaite une bonne lecture.
Table des matières
Respiration et périnée : une synergie physiologique
La respiration n’est pas qu’un échange d’air. C’est un système global qui engage à la fois l’interoception (perception interne) et la proprioception (perception du corps dans l’espace et dans le temps).
Le diaphragme et le périnée fonctionnent en synergie.
À l’inspiration, le diaphragme descend. Cette descente modifie les pressions intra-abdominales et influence directement le plancher pelvien.
À l’expiration, le diaphragme remonte et le périnée accompagne naturellement ce mouvement.
Cette coordination est physiologique.
Elle constitue une véritable pompe respiratoire.
C’est ce que l’on retrouve dans l’Approche Posturo-Respiratoire (APOR) du Dr Bernadette de Gasquet : posture, respiration et périnée sont indissociables.

Posture juste : la respiration commence par l’axe
Une posture tassée entrave la mobilité du diaphragme.
Une posture cambrée augmente les pressions vers le bas et surcharge le plancher pelvien.
Lorsque cette coordination est altérée — stress chronique, hypertonie, mauvaises habitudes posturales — la régulation se perturbe.
Pour que le périnée fonctionne physiologiquement, il faut d’abord :
- créer de l’espace
- allonger l’axe
Dans la relaxation du 8, cette logique est respectée.
L’expiration favorise la remontée naturelle du diaphragme et diminue les pressions vers le bas.
Respirer dans le 8, ce n’est pas forcer.
C’est rétablir une coordination que le corps connaît déjà.
Le périnée : un hub neuro-postural
En RNP (reprogrammation neuro-posturale), le plancher pelvien est considéré comme un véritable interrupteur neuro-postural.
Pourquoi ?
Parce qu’il est situé à un carrefour stratégique :
- il reçoit des afférences sacrées (S2–S4),
- il est couplé mécaniquement au diaphragme,
- il influence la pression intra-abdominale,
- et il participe au contrôle anticipateur du tronc.
Avant même que tu ne bouges un bras ou une jambe, ton système nerveux active en amont certains muscles profonds pour stabiliser le centre.
Le périnée fait partie de ce système de stabilité anticipatrice.
Insula, nerf vague et régulation interne
Le périnée n’est pas seulement un muscle.
C’est une zone richement connectée au système nerveux autonome.
Les informations sensorielles issues des viscères et du plancher pelvien remontent notamment vers :
- l’insula, centre majeur de l’interoception (perception des états internes),
- le nerf vague (X), voie afférente essentielle de la régulation autonome.
L’insula intègre :
- sensations viscérales
- état émotionnel
- perception corporelle
- attention interne
Travailler la respiration dans le bassin, c’est donc stimuler cette boucle insula ↔ viscères.
Ce n’est pas symbolique.
C’est une modulation neurophysiologique réelle.
Proprioception et récepteurs sensoriels du périnée
C’est là que ça devient intéressant!
Le périnée possède :
- une bonne sensibilité viscérale,
- mais une proprioception fine relativement pauvre comparée à d’autres muscles posturaux.
Il contient différents types de récepteurs sensoriels :
- Mécanorécepteurs → sensibles à l’étirement et à la pression
- Récepteurs à adaptation lente → impliqués dans le maintien postural
- Nocicepteurs → sensibles à la douleur et à la surcharge
- Afférences viscérales provenant des organes pelviens
Le fait que sa proprioception fine soit moins développée signifie que :
- la perception du mouvement y est moins précise,
- la différenciation contraction / relâchement est souvent floue,
- beaucoup de personnes ne savent pas contracter correctement leur plancher pelvien,
- le recrutement est fréquemment compensé par les fessiers, les adducteurs ou les abdominaux superficiels.
- on peut avoir tendance à maintenir une hypertonie sans en avoir conscience.
Autrement dit : beaucoup de personnes pensent contracter leur périnée… sans réellement le faire. Ou au contraire, maintiennent une contraction chronique sans en avoir conscience.
C’est d’ailleurs ce que je constate souvent en séance.
Fais l’exercice maintenant
Contracte ton périnée.
Observe.Où sens-tu la contraction ?
À l’avant ? À l’arrière ?
Peux-tu dissocier les deux ?
Tes fessiers se contractent-ils automatiquement ?
C’est une zone souvent :
- sous-perçue,
- mal cartographiée,
- peu visible,
- culturellement peu explorée,
- peu intégrée au schéma corporel conscient.
D’où l’importance d’un travail de prise de conscience progressif et non forcé.
Hypertonie pelvienne et stress chronique
Le périnée réagit fortement au stress.
En situation d’alerte, le système nerveux sympathique augmente le tonus musculaire global.
Le plancher pelvien peut alors devenir :
- hypertonique (trop contracté),
- rigide,
- peu mobile.
Or un muscle constamment contracté :
- perd en élasticité,
- perturbe la respiration diaphragmatique,
- augmente la pression intra-abdominale,
- altère la stabilité réflexe.
Chez certaines femmes (et aussi chez des sportifs), on observe :
- douleurs pelviennes,
- sensation de pesanteur,
- gêne sexuelle,
- troubles urinaires sans véritable faiblesse musculaire.
Le problème n’est pas toujours un manque de force.
Parfois, c’est un excès de tension.
Pour qu’un périnée soit fonctionnel il doit pouvoir se contacter et se relâcher à la demande.
Imagine si ton biceps était tout le temps contracté, tu aurais l’air malin quand tu dois tendre le bras pour attraper un object !
La respiration, la porte d’entrée idéale
La respiration est une porte d’entrée douce et efficace car :
- elle mobilise naturellement le diaphragme via la synergie respiratoire,
- elle induit une variation de pression physiologique,
- elle stimule les afférences vagales,
- elle améliore la cartographie interne via l’insula.
En travaillant dans la lenteur et la subtilité, on favorise :
- la différenciation fine des tissus,
- la récupération de l’élasticité,
- la restauration du mouvement physiologique,
- la régulation autonome,
- la stabilité réflexe du tronc.
On ne force pas la contraction.
On rétablit une communication et on instaure une perception nouvelle.
Et c’est souvent là que la vraie transformation commence.
Ce que ça change concrètement
Quand la conscience pelvienne augmente :
- la stabilité devient plus fine,
- la pression abdominale est mieux répartie,
- la posture s’allège,
- la respiration devient plus basse et plus ample,
- la sensation de sécurité corporelle s’améliore.
Ce n’est pas mystique.
C’est neurophysiologique.
Biotenségrité : pourquoi le bassin influence tout le corps
La biotenségrité propose un modèle moderne du corps :
un système vivant où les os ne “portent” pas la structure seuls, mais sont suspendus dans un réseau fascial continu.
Le fascia n’est pas un simple tissu de remplissage.
C’est un système sensoriel riche, intimement connecté au système nerveux.
Il transmet la tension, la force, le mouvement… et l’information.
Dans ce modèle, le corps n’est pas une juxtaposition de pièces mécaniques.
C’est une architecture dynamique où compression (os) et tension (fascia) s’équilibrent en permanence.
Le bassin occupe une place centrale dans cette architecture.
Il est un carrefour :
- entre membres inférieurs et colonne,
- entre tronc et respiration,
- entre stabilité et mobilité.
Cela signifie qu’un changement subtil dans le tonus ou la mobilité du plancher pelvien peut influencer :
- l’alignement de la colonne
- la qualité de la respiration
- la liberté des épaules
- la répartition des charges dans tout le corps
- la fluidité du mouvement global
Dans un modèle de biotenségrité, rien n’est isolé.
Une tension pelvienne chronique peut se répercuter vers le haut.
Une amélioration de la mobilité pelvienne peut alléger la posture entière.
Le travail du 8 du périnée agit donc localement… et globalement.
Il permet :
- une meilleure distribution des pressions
- une stabilité dynamique plus fine
- une coordination plus efficiente
- une meilleure résilience tissulaire
Ce n’est pas simplement un exercice pelvien.
C’est un travail d’intégration dans un système interconnecté.
Schéma simplifié : comment le bassin influence tout le corps
Imagine le corps comme une tente.
- Les os sont les mâts.
- Le fascia est la toile et les haubans.
- La tension globale maintient l’équilibre.
Le bassin se situe au centre de cette structure.
Si la tension est bien répartie :
→ la colonne s’allonge
→ la respiration est fluide
→ les épaules sont libres
→ le mouvement est efficace
Si la tension est excessive ou mal distribuée au niveau du plancher pelvien :
→ la pression augmente vers le bas
→ la respiration se bloque
→ le tronc se rigidifie
→ les épaules compensent
→ le mouvement devient moins économique
Le périnée n’est donc pas isolé.
Il fait partie d’un système de tension continu.
Un ajustement subtil à la base peut modifier l’organisation de l’ensemble.
La respiration dans le 8 agit comme un réglage fin :
→ elle redistribue la pression
→ elle restaure l’élasticité
→ elle améliore la coordination globale
Ce n’est pas un travail local.
C’est un travail d’architecture vivante.
Le bassin, le cycle et l’intelligence du rythme
Le bassin n’est pas seulement une structure mécanique.
Il est aussi un espace rythmé.
Le cycle féminin nous rappelle que le corps ne fonctionne pas en ligne droite.
Il fonctionne en vagues. En variations. En saisons.
Comme le décrivent Sarah-Maria Leblanc et Marie-Pénélope Pérès dans Sagesses et pouvoir du cycle féminin, le bassin est un lieu de perception fine, de mémoire et de transformation.
Il reflète nos phases d’expansion, de retrait, de créativité et d’intégration.
Respirer dans le 8 du périnée, c’est s’inscrire dans cette logique cyclique :
- expansion à l’inspiration
- recentrage à l’expiration
- mouvement, puis retour
- ouverture, puis stabilité
Ce va-et-vient respecte le vivant.
Il ne cherche pas à optimiser en permanence.
Il restaure la capacité à alterner.
Dans un monde qui valorise la tension continue, cette pratique redonne de la place au relâchement.
À l’écoute.
À l’autorégulation.
Ce n’est pas un travail “énergétique”.
C’est un travail de présence à ton rythme interne.
Et peut-être que c’est cela, la souveraineté tranquille :
ne pas forcer le corps à être constant,
mais lui permettre d’être vivant.

Qu’est-ce que le “8 du périnée” ?
Le 8 représente la forme anatomique de la couche superficielle du périnée :
- une boucle à l’avant autour de la vulve
- une boucle à l’arrière autour de l’anus
- un point central d’entrecroisement
[Si tu ne visualises pas très bien, as dans ton moteur de recherche favori et tape « planche anatomique du périnée » ou prends un miroir et vas jeter un oeil par là en bas chez toi.]
En respirant consciemment dans cette forme, on explore un mouvement subtil d’expansion à l’inspiration et de recentrage à l’expiration.
Ce va-et-vient doux permet :
- d’améliorer la perception interne
- de favoriser la détente musculaire
- de rétablir un dialogue entre souffle et bassin
- de soutenir la vitalité sexuelle en douceur
Il ne s’agit pas de contracter volontairement, mais d’accompagner un mouvement organique naturel.
Les bienfaits de cette relaxation
Pratiquée régulièrement, la relaxation dans le 8 du périnée peut :
- Apaiser les tensions pelviennes et améliorer l’élasticité du plancher pelvien
- Particulièrement utile en cas de stress, de surcharge mentale ou d’hypertonie.
- Restaurer la mobilité diaphragmatique et optimiser la variabilité respiratoire
- Renforcer l’ancrage et la stabilité
- Le bassin est le socle postural et émotionnel. Le sentir plus vivant améliore la sensation de sécurité intérieure.
- Améliorer la conscience corporelle
- Cette pratique développe l’interoception — la capacité à ressentir les sensations internes du corps.
- Soutenir la sexualité consciente
- En redonnant mobilité et présence au périnée, elle favorise une sexualité plus habitée, moins mécanique, plus sensible.
- Restaurer une relation bienveillante au centre du corps et soutenir la stabilité réflexe du tronc
- Sans forcer. Sans objectif de performance. Juste par l’écoute.
À qui s’adresse cette pratique ?
Cette relaxation est adaptée si tu souhaites :
- te reconnecter à ton bassin
- relâcher des tensions profondes
- travailler la respiration abdominale
- soutenir ta vitalité féminine
- développer ton ancrage et approfondir ta conscience pelvienne
Elle peut être pratiquée en complément d’un travail postural, de yoga ou d’un accompagnement thérapeutique.
En cas de douleurs pelviennes importantes ou de pathologies spécifiques, il est toujours recommandé de consulter un professionnel de santé formé au périnée.
Comment pratiquer ?
L’idéal est de s’installer en posture allongée, en papillon, dans un environnement calme.
La pratique dure environ 20 à 25 minutes et inclut :
- un temps d’ancrage
- une conscience du souffle
- une exploration anatomique douce
- la respiration dans le 8
- un temps de silence
- une intégration progressive
Le mouvement est subtil.
La lenteur est essentielle.
La sécurité prime sur l’intensité.
Pourquoi la lenteur est essentielle
Les principes modernes d’entraînement du plancher pelvien rappellent :
Relax → contract → relax
La relaxation doit durer deux à trois fois plus longtemps que la contraction.
En séance, on relâche une première fois… puis une seconde… puis une troisième.
Et c’est souvent à ce moment-là que l’on réalise à quel point c’était tendu.
Dans cette relaxation, nous ne cherchons pas la force.
Nous cherchons la qualité.
La lenteur permet :
- de réduire l’hypertonie
- de restaurer la variabilité
- de recalibrer le tonus de base
C’est un travail de finesse, pas d’intensité.
Écouter la relaxation guidée
Si tu souhaites expérimenter cette pratique, tu peux écouter la version audio complète ici :
Prends ce temps pour toi.
Reviens à ton centre.
Retrouve cette douceur ferme et cette puissance tranquille qui sont déjà là.
Tu ne crées rien de nouveau.
Tu restaures une fonction naturelle.
Le bassin n’est pas seulement un plancher musculaire.
C’est un espace vivant. Rythmé. Sensible.Il connaît l’expansion et le retrait.
La force et le relâchement.
L’élan et le recentrage.Respirer dans le 8 du périnée, c’est revenir à cette intelligence du rythme.
À cette alternance naturelle entre ouverture et stabilité.Ce n’est pas chercher à “faire plus”.
C’est apprendre à habiter.Habiter son centre.
Habiter ses variations.
Habiter son corps tel qu’il est — changeant, cyclique, vivant.
Prends un moment pour te poser à la fin de cette pratique et dis-moi en commentaires comment tu te sens.
Sources & références
Cette pratique s’appuie sur des données issues de la reprogrammation neuro-posturale, de la biomécanique respiratoire, des recherches modernes sur le fascia ainsi que sur des approches contemporaines du cycle féminin.
Reprogrammation Neuro-Posturale (RNP)
– Synergie diaphragme–plancher pelvien
– Interoception, rôle de l’insula et du nerf vague
– Calibration sensorielle et contrôle anticipateur du tronc
LabO Reprogrammation Neuro-Posturale – Supports pédagogiques respiration & plancher pelvien
Méthode de Gasquet – Approche Posturo-Respiratoire (APOR)
– Lien posture / respiration / périnée
– Principe “Expirer d’abord”
– Autograndissement et protection du plancher pelvien
De Gasquet B., Périnée : arrêtez le massacre
De Gasquet B., Abdominaux : arrêtez le massacre
Institut De Gasquet – Les Fondamentaux
Biotenségrité & continuités fasciales
– Modèle de tenségrité appliqué au vivant
– Transmission des forces par le système fascial
– Continuités myofasciales
Levin S.M., Biotensegrity
Myers T., Anatomy Trains
Stecco C., Fascial Manipulation
Pfister N., Mastermind LabO – Biotenségrité & Continuités fasciales
Neurophysiologie respiratoire & régulation autonome
– Coordination diaphragme–plancher pelvien
– Variabilité respiratoire et tolérance au CO₂
– Impact du souffle sur le système nerveux autonome
Approche du cycle féminin & conscience corporelle
– Intelligence cyclique et physiologie féminine
– Lien entre bassin, émotions et rythmicité biologique
Leblanc S.-M., Pérès M.-P., Sagesses et pouvoir du cycle féminin

