Śavāsana : la posture que l’on a envie de zapper… et pourtant la plus essentielle
Ah… le fameux śavāsana.
Celui qui arrive à la fin de la pratique.
Celui qu’on adore… ou qu’on fuit.
Et si tu fais partie de celles qui le zappent régulièrement — rassure-toi, tu n’es pas seule. Pendant longtemps, j’ai pensé que ce n’était “pas si grave” de passer directement à la suite. Que l’essentiel était dans le mouvement. Et pourtant… c’est probablement là que tout commence.
Table des matières
- Pourquoi śavāsana est (beaucoup) plus difficile qu’il n’y paraît?
- Ce que disent les textes classiques
- Śavāsana : bien plus qu’une simple “relaxation”
- Comment pratiquer śavāsana simplement
- Si tu n’y arrives pas… c’est normal
- Une anecdote (très révélatrice)
- Ne passe plus à côté de cette posture
- Pour aller plus loin
- Références
Pourquoi śavāsana est (beaucoup) plus difficile qu’il n’y paraît?
Although this asanas appears simple, it is the most difficult to master.
Geeta S. Iyengar
Si cette posture semble simple, elle est en réalité profondément exigeante.
Pas physiquement.
Mais intérieurement.
Rester immobile, sans objectif, sans distraction… c’est loin d’être évident. Si j’avais tendance à zapper cette posture, ce n’était pas par manque de temps. C’était parce que je n’arrivais pas à rester immobile.
Pourquoi rester allongée 5 minutes à ne rien faire… alors que j’avais mille choses à faire après ?Et pourtant, objectivement, 5 à 10 minutes dans une journée… c’est très peu.
Mon déclic : “Never skip śavāsana”
Mon vrai déclic, je l’ai eu pendant ma formation 200h avec All Yoga Training en Indonésie en 2019.
Une de mes enseignantes nous a dit simplement :
“Never skip śavāsana. This is probably the most important āsana.”
Marcela Mota
Et là… quelque chose s’est arrêté.
Parce que ça faisait des années que je pratiquais.
Et que je passais complètement à côté de cette partie.
Pas par manque de connaissance.
Mais parce que je n’arrivais pas à m’arrêter.
Ce que disent les textes classiques
Dans les textes traditionnels du haṭha yoga, śavāsana est loin d’être une posture anodine.
« Etre allongé sur le sol comme un cadavre étendu sur le dos, c’est śavāsana. Savāsana dissipe la fatigue et apporte à l’esprit le repos. »
Haṭha Yoga Pradīpikā, I.32
Dans la tradition Iyengar également, cette posture est considérée comme l’une des plus difficiles à maîtriser — précisément parce qu’elle demande une détente consciente, profonde et stable.
Śavāsana : bien plus qu’une simple “relaxation”
Śavāsana signifie “posture du cadavre”. Mais il ne s’agit pas simplement de s’allonger et de « faire le mort ».
C’est une expérience subtile :
- un moment où le corps s’immobilise
- où le mental ralentit
- où l’activité diminue
Comme une forme d’abandon temporaire… qui permet de revenir à soi avec plus de clarté. Une espèce d’expérience de mort tout en restant vivante.
Je pense d’ailleurs que c’est la dernière partie « amener aussi la pensée à un état d’immobilité et de repos total » qui m’a posé beaucoup de problèmes au début. Et qui me challenge encore pas mal certains jours.
« Savāsana est la posture de « relaxation » par excellence. Le sol doit être plat, la colonne vertébrale droite, les paumes tournées vers l’extérieur (selon la manière traditionnelle de disposer les morts), le dos doit adhérer au sol comme dans le sommeil. Le but de cette posture est de dissiper la tension et la fatigue provoquées par l’exercice des asanas, et grâce à l’interaction du corps et de l’esprit, d’amener aussi la pensée à un état d’immobilité et de repos total ».
Traité de Hatha Yoga, Introduction, traduction et commentaires par Tara Michael, Préface de Jean Filliozat, 1974
Dans certaines approches contemporaines du yoga thérapeutique, notamment dans l’enseignement de Kaya Mindlin, le yoga est compris comme un processus de non-faire.
Moins faire.
Plus laisser se défaire.
Ce relâchement ne se décide pas mentalement. Il se vit dans le corps. C’est un retour à une forme d’intelligence naturelle du corps — celle qui régénère, rééquilibre et apaise
Le vrai défi : ne rien faire
Śavāsana confronte à quelque chose de simple… et pourtant très difficile : ne rien contrôler
Pas le corps.
Pas la respiration.
Pas les pensées.
Ce qui rend śavāsana difficile, ce n’est pas la posture en elle même.
C’est l’immobilité. C’est le silence. C’est cette capacité à ne rien faire… dans un monde qui nous pousse à faire toujours plus. C’est une pratique de lâcher-prise profond.
Pas un lâcher-prise mental “idéal”.
Mais un lâcher-prise vécu, ressenti dans le corps.
Et c’est souvent là que ça devient inconfortable.
Parce que rester immobile… c’est aussi se retrouver face à soi-même.
Rester immobile comme un cadavre, maintenir le corps et l’esprit calme. Cette relation consciente permet de libérer les tensions et de ramener de l’énergie. Un peu comme quand on recharge la batterie du téléphone. C’est à la fois rafraichissant et revigorant. Et profondément nécessaire.
Spoiler : ça ne se fait pas en un jour.
Ce qui se joue vraiment en śavāsana
Śavāsana n’est pas qu’une pause.
C’est un espace d’intégration et de régulation. Un peu appuyer sur le bouton “reset”.
Lorsque tu t’allonges et que tu ne fais plus rien, le corps peut progressivement entrer dans un état de repos plus profond :
- ralentissement du rythme
- relâchement musculaire
- respiration plus libre
Pour beaucoup de pratiquants, cet état est associé à une activation du système parasympathique — celui qui soutient la récupération et l’apaisement.
Autrement dit : tu ne fais rien… mais ton corps, lui, fait énormément.
Dans nos vies souvent saturées de stimulation, cet espace est rare.
- ralentir
- intégrer
- laisser le corps faire son travail
Ce n’est pas un vide.
C’est un processus actif… sans effort.
C’est ce moment où le corps sort du mode “action” pour revenir vers un état de sécurité. Et c’est précisément là que les bénéfices de la pratique s’ancrent.
Le pont entre le yoga “physique” et le yoga profond
Sans śavāsana, ta pratique physique reste… incomplète.
C’est le moment où le corps intègre, où le souffle s’apaise, où l’attention se recentre. Un moment indispensable pour passer du yoga-gym au yoga tout court. Savāsana c’est le maillon qui nous amène en douceur sur le chemin spirituel.
C’est là que le yoga commence vraiment.
Abhiniveśa : la peur de la mort
Dans les Yoga Sūtra de Patañjali, on parle d’abhiniveśa.
- l’attachement à la vie
- la peur de disparaître
- la difficulté à lâcher
Les textes ne font pas de lien direct avec śavāsana. Mais cette posture devient un terrain d’observation très concret de cette difficulté. D’une certaine manière, ça vient toucher cet endroit.
S’allonger.
S’immobiliser.
Laisser le corps devenir lourd.
Cela peut paraître anodin…
mais pour le système, ce n’est pas si neutre.
C’est une invitation à relâcher le contrôle — même brièvement.
Une rencontre avec l’impermanence
On traduit śavāsana par “posture du cadavre”.
Mais au-delà du mot, il y a une expérience plus subtile.
- celle de l’arrêt
- du silence
- de l’immobilité
Comme une micro-expérience de la fin. Une forme de lâcher-prise profond.
Pas quelque chose de dramatique.
Mais quelque chose de profondément apaisant quand on s’y autorise.
Certaines recherches commencent d’ailleurs à explorer śavāsana comme un espace permettant de diminuer l’anxiété liée à la mort… en apprenant à s’y relier autrement.
Et si c’était ça, le cœur de la pratique ?
Śavāsana nous apprend quelque chose d’essentiel :
- relâcher sans disparaître
- ralentir sans perdre
- être… sans faire
Et peut-être que c’est ça, au fond, le yoga.
Comment pratiquer śavāsana simplement
Il existe de nombreuses recommandations concernant les ajustements en śavāsana.
Si tu devais retenir une seule chose : relâcher complètement le corps.
Quelques repères :
- allonge-toi confortablement
- paumes tournées vers le ciel
- laisse la respiration devenir naturelle, douce et calme, comme le doux écoulement d’une rivière
- relâche progressivement chaque zone
Tu peux aussi utiliser :
- un coussin sous la tête ou les genoux
- un coussin sur les yeux (pour calmer le mental)
- une couverture pour te couvrir si tu as tendance à te refroidir
Si tu veux aller un peu plus loin dans ta pratique, tu peux porter une attention particulière à l’alignement et au support du corps.
Par exemple :
- les jambes peuvent être légèrement surélevées (sur un support) pour soulager le bas du dos
- la tête peut être soutenue si la nuque est en tension
- les bras reposent à une distance naturelle du corps (ni trop proches, ni trop éloignés)
L’idée n’est pas de “bien faire la posture” mais de créer les conditions pour que le corps puisse réellement se relâcher.
- le support favorise le lâcher-prise
- le confort permet au système nerveux de se calmer
Plus le corps est soutenu… plus il devient possible de ne rien faire.
Erreurs fréquentes
- vouloir “réussir” śavāsana
- contrôler la respiration
- rester en tension sans s’en rendre compte
- chercher à “bien faire”
Si tu sens que tu fais encore quelque chose… c’est que tu peux encore relâcher.
Pourquoi les yeux jouent un rôle clé
Quand le mental s’agite… les yeux bougent aussi.
Lorsque l’esprit part à la dérive, le cerveau s’active et les yeux se mettent en mouvement. En maintenant les yeux immobiles, c’est plus facile de contrôler les pensées.
Immobiliser les yeux aide à :
- apaiser le cerveau
- stabiliser l’attention
C’est simple, mais extrêmement puissant.
Quand pratiquer śavāsana?
śavāsana n’est pas réservé à la pratique des āsana. Tu peux pratiquer cette posture à tout moment.
Tu peux le faire seul à n’importe quel moment de la journée quand tu en ressens le besoin.
- après une journée chargée
- entre deux rendez-vous
- quand ton système est saturé
Bon… peut-être pas au milieu d’un open space 😄
Mais dès que tu peux t’allonger : profite-en.
En général à la fin de la séance on profite de śavāsana pendant 5 à 10 minutes mais on peut continuer 20 à 40 minutes. Jusqu’à ce que le corps et l’esprit soient détendus.
D’ailleurs tu savais que traditionnellement tu dois mettre ta tête du côté du prof et pas tes pieds? C’est un signe de respect envers ton professeur.
Si tu n’y arrives pas… c’est normal
Lorsque tu commences à pratiquer śavāsana c’est normal d’avoir des pensées, d’avoir du mal à rester immobile, de s’impatienter et parfois même de s’endormir.
Tout cela fait partie du processus.
Personnellement ce qui m’aide beaucoup c’est de scanner mon corps pour y noter les sensations. Et quand j’ai l’esprit qui pense à ce que je vais manger après le cours et à ma lessive que je vais devoir sortir du sèche linge. Avec douceur et bienveillance je le ramène vers la partie du corps que j’étais en train de scanner.
Avec le temps le processus deviens plus facile, même si certains jours vont mieux que d’autres.
C’est normal. Vraiment.
Ca prend du temps de rendre silencieux le corps et l’esprit. D’ailleurs c’est bien possible que tu t’endormes pendant śavāsana les premières fois.
C’est normal aussi. Ton corps récupère. Mais avec le temps, tu vas développer quelque chose de précieux : rester consciente… dans le relâchement. Et là, la pratique change complètement.
On n’est pas vraiment habitués à s’allonger sur le dos dans le silence, en général quand cela nous arrive c’est pour dormir. Mais c’est pas grave. Je t’invite à persévérer jusqu’à ce que tu puisses rester allongée calme et sereine dans le silence sans t’endormir.
Il est aussi possible que certaines émotions émergent.
De la fatigue.
De l’agitation.
Parfois même une forme d’inconfort intérieur.
C’est normal.
Quand on arrête enfin de bouger, ce qui était en arrière-plan devient plus visible.
- le corps relâche
- le mental ralentit
- et ce qui était retenu peut remonter
Là encore, il ne s’agit pas de contrôler… mais d’observer.
Une pratique que j’utilise souvent : scanner le corps
Observer, zone par zone.
Revenir doucement dès que l’esprit part.
Sans jugement. Sans pression.
Une anecdote (très révélatrice)
Un jour, un élève m’a dit :
“C’était long śavāsana aujourd’hui, tu t’es endormie ou quoi ?”
J’ai ri intérieurement. Je ne pratique jamais śavāsana avec mes élèves. Je m’assieds en tailleur sur le tapis pour observer ce qui se passe dans la salle.
Ce jour-là, śavāsana avait duré… 5 minutes. Comme d’habitude.
La perception du temps change complètement quand on ralentit.
Ne passe plus à côté de cette posture
Śavāsana n’est pas juste “le moment à la fin”. C’est une pratique à part entière.
Un état.
Un espace.
Celui où le yoga prend tout son sens.
Si tu devais changer une seule chose dans ta pratique : ne saute plus jamais śavāsana
Même 1 minute.
Même imparfaitement. Surtout imparfaitement.
Parce que c’est là que :
- ton corps intègre
- ton système nerveux récupère
- ton esprit s’apaise
Et que, doucement tu passes du faire à l’être
Dans une pratique souvent tournée vers le mouvement, la performance ou l’intensité… śavāsana rappelle quelque chose d’essentiel :
- le yoga n’est pas seulement ce que tu fais
- c’est aussi ce que tu laisses se déposer
C’est un passage :
- de l’effort → au relâchement
- du contrôle → à la confiance
- de l’action → à la présence
Pour aller plus loin
Si tu ressens que ton corps a besoin d’apprendre à relâcher — pas seulement à bouger —
c’est exactement ce que j’accompagne dans mes séances.
- Tu peux réserver ta séance directement ici
- Ou explorer mes ressources et pratiques guidées
Références
- Haṭha Yoga Pradīpikā, I.32
- Geeta S. Iyengar, Yoga: A Gem for Women
- Patañjali, Yoga Sūtra, II.9 (abhiniveśa)
- Kaya Mindlin, SRY Fundamentals – Supreme Release Yoga Training Manual, 2016
- Revue récente sur les effets du yoga sur le stress et le système nerveux autonome (Journal of Clinical Medicine, 2024)
- Recherches contemporaines sur yoga, relaxation et régulation autonome (HRV, méditation)
Photo de Cliff Booth provenant de Pexels

