Śavāsana : la posture que l’on a envie de zapper… et pourtant la plus essentielle
Article mis à jour en avril 2026
Ah, le fameux śavāsana.
Celui qui arrive à la fin de la pratique. Celui qu’on adore… ou qu’on fuit.
Si tu fais partie de celles qui le zappent régulièrement — rassure-toi, je ne vais pas te jeter la première pierre. Pendant longtemps, je me suis dit que si le temps manquait à la fin, ce n’était « pas si grave » de passer directement à la suite. Que l’essentiel était dans le mouvement.
Grave erreur.
Table des matières
Pourquoi śavāsana est (beaucoup) plus difficile qu’il n’y paraît
Although this asana appears simple, it is the most difficult to master. — Geeta S. Iyengar
Si cette posture semble simple, elle est en réalité profondément exigeante. Pas physiquement, intérieurement. Rester immobile, sans objectif, sans distraction… c’est loin d’être évident. Et si j’avais tendance à zapper śavāsana, ce n’était pas par manque de temps. C’était parce que je n’arrivais pas à m’arrêter.
Pourquoi rester allongée 5 minutes à ne rien faire alors que j’avais mille choses à faire après ? Et pourtant, objectivement, 5 à 10 minutes dans une journée… c’est très peu.
Mon vrai déclic, je l’ai eu pendant ma formation 200h All Yoga Training en Indonésie. Marcela, ma prof principale, nous a dit simplement :
« Never skip śavāsana. This is probably the most important āsana. » — Marcela Mota
Quelque chose s’est arrêté en moi ce jour-là. Parce que ça faisait des années que je pratiquais et que je passais complètement à côté.
Ce que disent les textes classiques
Dans les textes traditionnels du haṭha yoga, śavāsana est loin d’être une posture anodine :
« Être allongé sur le sol comme un cadavre étendu sur le dos, c’est śavāsana. Śavāsana dissipe la fatigue et apporte à l’esprit le repos. » — Haṭha Yoga Pradīpikā, I.32
Le commentaire du Traité de Hatha Yoga va plus loin : « Savāsana est la posture de « relaxation » par excellence. Le sol doit être plat, la colonne vertébrale droite, les paumes tournées vers l’extérieur (selon la manière traditionnelle de disposer les morts), le dos doit adhérer au sol comme dans le sommeil. Le but de cette posture est de dissiper la tension et la fatigue provoquées par l’exercice des asanas, et grâce à l’interaction du corps et de l’esprit, d’amener aussi la pensée à un état d’immobilité et de repos total ».
C’est précisément cette dernière partie — amener la pensée à un état d’immobilité — qui m’a posé le plus de problèmes au début. Et qui me challenge encore, certains jours.
Bien plus qu’une simple relaxation
Śavāsana signifie « posture du cadavre ». Mais il n’y a rien de morbide là-dedans, c’est bien plus subtil que ça. C’est une espèce d’expérience de mort tout en restant vivante : pour un bref instant, le corps, l’esprit et la parole s’immobilisent ensemble.
Lorsque tu t’allonges et que tu ne fais plus rien, ton corps entre progressivement dans un état de repos plus profond, ralentissement du rythme, relâchement musculaire, respiration plus libre. C’est une activation du système parasympathique, celui qui soutient la récupération et l’apaisement. Un peu comme recharger la batterie de son téléphone : à la fois rafraîchissant et revigorant.
Autrement dit : tu ne fais rien… mais ton corps, lui, fait énormément.
Dans certaines approches contemporaines du yoga thérapeutique, notamment dans l’enseignement de Kaya Mindlin, le yoga est compris comme un processus de non-faire — moins faire, plus laisser se défaire. Ce relâchement ne se décide pas mentalement. Il se vit dans le corps. C’est un retour à une intelligence naturelle, celle qui régénère et apaise sans effort.
C’est aussi le maillon indispensable entre les āsana et une pratique plus profonde. Sans śavāsana, la séance reste un entraînement. Avec śavāsana, le yoga peut commencer vraiment.
Le vrai défi : ne rien contrôler
Ce qui rend śavāsana difficile, ce n’est pas la posture en elle-même. C’est l’immobilité. Le silence. Cette capacité à lâcher — le corps, la respiration, les pensées — dans un monde qui nous pousse à tout gérer, tout optimiser, tout faire.
Parce que rester immobile, c’est aussi se retrouver face à soi-même. Et quand on s’arrête enfin, ce qui était en arrière-plan remonte à la surface : fatigue, agitation, parfois un inconfort intérieur difficile à nommer. C’est normal. Il ne s’agit pas de contrôler ce qui émerge — mais de l’observer.
Abhiniveśa : la peur de lâcher
Dans les Yoga Sūtra de Patañjali, on parle d’abhiniveśa — l’attachement à la vie, la peur de disparaître, la difficulté à lâcher prise. Les textes ne font pas de lien direct avec śavāsana, mais cette posture en devient un terrain d’observation très concret.
S’allonger. S’immobiliser. Laisser le corps devenir lourd. Cela peut sembler anodin — mais pour le système nerveux, ce n’est pas si neutre. C’est une invitation à relâcher le contrôle, même brièvement. Une micro-expérience de ce qu’on redoute souvent… et qui peut s’avérer profondément apaisante quand on s’y autorise.
Comment pratiquer śavāsana
Si tu dois retenir une seule chose : relâche complètement le corps. Allonge-toi confortablement, paumes tournées vers le ciel, et laisse la respiration devenir naturelle — douce, calme, comme le doux écoulement d’une rivière. Sans chercher à « bien faire ». Sans objectif.
Tu peux t’aider d’un coussin sous la tête ou les genoux, d’un coussin sur les yeux pour calmer le mental, d’une couverture si tu as tendance à te refroidir. Plus le corps est soutenu, plus il devient possible de vraiment ne rien faire.
Concernant les yeux : lorsque l’esprit s’agite, les yeux bougent aussi. Les immobiliser aide à apaiser le cerveau et à stabiliser l’attention. Simple, mais extrêmement puissant.
Ce qui m’aide personnellement : le scan corporel. Observer le corps zone par zone, revenir doucement dès que l’esprit part. Et quand ma tête s’en va sur ce que je vais manger après le cours ou la lessive à sortir du sèche-linge — je la ramène, avec douceur et bienveillance, vers la zone que j’étais en train de scanner.
Śavāsana se pratique en général 5 à 10 minutes en fin de séance, mais tu peux rester jusqu’à 20 ou 40 minutes, jusqu’à ce que le corps et l’esprit soient vraiment détendus. Et rien n’empêche de le pratiquer seule, à n’importe quel moment de la journée — après une journée chargée, entre deux rendez-vous, quand ton système est saturé. Bon, pas forcément au milieu de l’open space 😄 — mais dès que tu peux t’allonger, profites-en.
Tu savais que traditionnellement, on place sa tête du côté du professeur, et non ses pieds ? C’est un signe de respect envers l’enseignant.
Si tu n’y arrives pas… c’est normal
Lorsque tu commences à pratiquer śavāsana, il est tout à fait normal d’avoir des pensées, du mal à rester immobile, de l’impatience — voire de t’endormir. On n’est pas habituées à s’allonger dans le silence sans que ce soit pour dormir. Avec le temps, tu vas développer quelque chose de précieux : rester consciente dans le relâchement. Et là, la pratique change complètement.
Spoiler : ça ne se fait pas en un jour.
Une anecdote (très révélatrice)
Un jour, à la fin d’un cours, un élève m’a dit : « C’était long śavāsana aujourd’hui, tu t’es endormie ou quoi ? »
J’ai ri intérieurement. Je ne pratique jamais śavāsana avec mes élèves — je m’assieds en tailleur sur le tapis pour observer ce qui se passe dans la salle.
Ce jour-là, śavāsana avait duré… 5 minutes. Comme d’habitude.
La perception du temps change complètement quand on ralentit.
Ne passe plus à côté de cette posture
Si tu devais changer une seule chose dans ta pratique : ne zappe plus jamais śavāsana. Même une minute. Même imparfaitement — surtout imparfaitement.
C’est là que ton corps intègre, que ton système nerveux récupère, que ton esprit s’apaise. Dans une pratique souvent tournée vers le mouvement et l’effort, śavāsana rappelle quelque chose d’essentiel : le yoga n’est pas seulement ce que tu fais. C’est aussi ce que tu laisses se déposer.
Un passage de l’effort vers le relâchement. Du contrôle vers la confiance. De l’action vers la présence.
Et doucement, tu passes du faire à l’être.
Pour aller plus loin
Si tu ressens que ton corps a besoin d’apprendre à relâcher (pas seulement à bouger)
c’est exactement ce que j’accompagne dans mes séances.
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- Ou explorer mes ressources et pratiques guidées
Références
- Haṭha Yoga Pradīpikā, I.32
- Geeta S. Iyengar, Yoga: A Gem for Women
- Patañjali, Yoga Sūtra, II.9 (abhiniveśa)
- Kaya Mindlin, SRY Fundamentals – Supreme Release Yoga Training Manual, 2016
- Revue récente sur les effets du yoga sur le stress et le système nerveux autonome (Journal of Clinical Medicine, 2024)
- Recherches contemporaines sur yoga, relaxation et régulation autonome (HRV, méditation)
Photo de Cliff Booth provenant de Pexels

