Les salutations au soleil en yoga : origines, histoire et sens profond
Les salutations au soleil, ou Sūryanamaskāra, font aujourd’hui partie intégrante de la pratique du yoga postural moderne. Souvent présentées comme une séquence ancestrale millénaire issue des Védas, elles sont pourtant le fruit d’une évolution complexe, à la croisée de la spiritualité indienne, de la culture physique traditionnelle et du yoga moderne.
Les recherches historiques contemporaines s’accordent aujourd’hui sur un point essentiel :
si le culte du soleil est ancien, la séquence dynamique de postures que nous pratiquons aujourd’hui est une création relativement récente.
Comprendre l’histoire des salutations au soleil permet ainsi de leur redonner leur juste place : ni simple échauffement, ni posture sacrée figée, mais une pratique vivante, porteuse de sens, de souffle et de conscience, en constante évolution et adaptable à chacun.

Table des matières
- Qu’est-ce que la salutation au soleil (Sūryanamaskāra) ?
- La culture physique indienne : quand le mouvement devient voie spirituelle
- Les salutations au soleil modernes : une création du XXe siècle
- L’intégration dans le yoga postural moderne
- Pourquoi les salutations au soleil sont-elles si puissantes ?
- En résumé : origines et évolution des salutations au soleil
- Sources
Qu’est-ce que la salutation au soleil (Sūryanamaskāra) ?
La salutation au soleil telle qu’on la connait

La salutation au soleil, telle qu’on la connaît aujourd’hui, est une séquence dynamique de mouvements synchronisés avec la respiration, généralement composée de 8 à 12 postures enchaînées de manière fluide.
Dans le yoga postural contemporain, elle est utilisée :
- comme échauffement
- comme pratique complète à elle seule
- comme support de concentration et de méditation en mouvement
Cependant, contrairement à une idée largement répandue, aucun texte classique du yoga ancien ne décrit Sūryanamaskāra comme une séquence posturale codifiée.
La forme fluide que nous pratiquons aujourd’hui est donc le résultat d’une évolution progressive, et non la reproduction intacte d’un rituel antique.
Les racines spirituelles : le soleil dans la tradition indienne

Depuis les temps védiques, le soleil (Surya) est vénéré comme source de vie, de clarté et de conscience.
Il représente à la fois la lumière physique et la lumière intérieure, celle qui rend la connaissance possible.
Les pratiques traditionnelles comprenaient notamment :
- Surya Arghya : offrande d’eau au soleil levant
- Namaskar : prosternations rituelles exprimant dévotion, gratitude et humilité
Ces gestes étaient rituels, symboliques, méditatifs et emprunts de dévotion.
Ils visaient à s’aligner avec les rythmes cosmiques, mais ne prenaient pas la forme d’un enchaînement postural dynamique tel que nous le connaissons aujourd’hui.
La culture physique indienne : quand le mouvement devient voie spirituelle
Pour comprendre l’origine réelle des salutations au soleil, il est essentiel de sortir d’une vision strictement « yoga postural » et de s’intéresser à la culture physique indienne traditionnelle.
En Inde, le travail du corps n’a jamais été séparé de la spiritualité, de l’éthique et du développement intérieur.
Bien avant l’apparition des salles de sport, du fitness ou du bodybuilding occidental, le mouvement était déjà considéré comme une forme de pratique spirituelle incarnée, une sadhana.

Le corps comme instrument de discipline intérieure
Dans la vision indienne classique, le corps n’est ni un obstacle à la spiritualité, ni un simple objet à sculpter.
Il est un véhicule de transformation, au même titre que le souffle, l’attention ou la discipline mentale.
Contrairement au dualisme occidental (corps vs esprit), la tradition indienne considère que :
- un corps faible limite la stabilité mentale
- un corps discipliné soutient la clarté de l’esprit
- l’effort physique conscient purifie autant que la prière
C’est dans ce contexte que s’inscrit la culture du Vyayama, terme sanskrit désignant l’exercice physique discipliné.
Vyāyāma : l’ancêtre du « renforcement fonctionnel »
Le Vyayama est mentionné dans des textes anciens ayurvédiques et yogiques comme la Caraka-saṃhitā (env. 1er millénaire av. J.-C.).
Il désigne un ensemble de pratiques visant à :
- renforcer le corps
- stimuler la digestion
- équilibrer le prāṇa (énergie vitale)
- développer endurance et stabilité mentale
Parmi ces pratiques, on retrouvait :
- Dandas : pompes indiennes
- Baithaks : squats profonds
- Malla Vyayama : exercices de lutteurs
- escalade de corde, port de charges, travail au sol
Ces mouvements étaient rythmés par la respiration, réalisés avec rigueur et modération, et non dans une logique de performance ou d’esthétique.
Les figures mythologiques : force, dévotion et maîtrise de soi
La culture physique indienne s’inspire largement de figures symboliques comme :
- Hanuman, incarnation de la force mise au service de la dévotion
- Bhima, héros du Mahabharata, symbole de puissance maîtrisée
Dans de nombreuses régions, l’exercice physique était considéré comme une offrande à Hanuman.
Faire des pompes, des salutations ou des exercices au lever du soleil revenait à prier par le corps, dans une attitude d’humilité et de discipline intérieure.
Le mouvement n’était pas séparé du sacré.

Akharas : lieux de formation du corps et du caractère
À partir du Moyen Âge (environ XIIe–XVIIIe siècle), se développent les akharas, lieux emblématiques de la culture physique indienne.
Les akharas étaient à la fois :
- des écoles de lutte (kushti)
- des centres d’entraînement physique
- des lieux de transmission morale et spirituelle
- des espaces communautaires
On y pratiquait :
- dandas (pompes indiennes) et baithaks (squats)
- entraînement à la massue (gada)
- lutte dans la terre
- disciplines de vie strictes (brahmacharya, alimentation, autodiscipline)
Fait révélateur :
le mot akhara désigne à la fois une école de lutte et un ordre de sadhus.
Cela montre à quel point la frontière entre ascèse spirituelle et entraînement physique était inexistante.

Le mouvement comme résistance et souveraineté
À certaines périodes de l’histoire indienne, notamment lors des invasions et de la domination coloniale, la culture physique est devenue un outil de résistance culturelle et morale.
Des figures comme Samartha Ramdas (saint, poète, philosophe et mystique du XVIIe siècle) ont encouragé :
- l’entraînement du corps
- la force morale
- la discipline collective
Pour lui, développer un corps fort était une manière de retrouver une souveraineté intérieure et sociale, et de soutenir le dharma (l’ordre juste).
C’est dans cette continuité que s’inscrit la pratique des prostrations au soleil, ancêtres directs des salutations modernes.
Des prostrations rituelles aux salutations dynamiques
Traditionnellement, les namaskars (prosternations) existaient sous plusieurs formes :
- Ashtanga ou Sashtanga Namaskar (8 points du corps au sol) pour les hommes et Panchanga Namaskar (5 points du corps au sol) pour les femmes
- prosternations lentes, rythmées par la respiration
- gestes de dévotion, d’humilité et de recentrage

Ces prostrations servent à exprimer le respect, mais aussi l’abandon et la dévotion. Elles sont pratiquée lors des rituels religieux à domicile, dans les temples et devant les maîtres spirituels. La signification simple est « Je vous offre mon prāṇa. »
Avec le temps, ces gestes ont été dynamisés, combinés à des mouvements issus du Vyāyāma et de la culture des lutteurs, donnant naissance à une forme plus fluide, répétitive et rythmée : ce qui deviendra plus tard le Sūryanamaskāra moderne.
Une clé de lecture essentielle pour les profs de yoga
Comprendre la culture physique indienne permet de :
- sortir du mythe du « yoga figé depuis 5000 ans »
- redonner une profondeur spirituelle aux pratiques dynamiques
- enseigner les salutations au soleil comme discipline de présence, et non simple cardio
- réconcilier effort physique et conscience
Les salutations au soleil ne sont donc ni une dérive moderne, ni un simple échauffement fitness.
Elles sont l’héritage d’une tradition où le corps est un lieu de prière, de transformation et de connaissance de soi.
Les salutations au soleil modernes : une création du XXe siècle
Bhavanrao Pratinidhi Pant : le pionnier
C’est au début du XXe siècle que Bhavanrao Pratinidhi Pant, roi d’Aundh, formalise une séquence dynamique de salutations au soleil comme exercice de santé et de longévité.

Ses apports majeurs :
- structuration d’une séquence en plusieurs étapes
- synchronisation souffle + mouvement
- diffusion massive via livres, démonstrations publiques et même un film en 1928
- vision de la pratique comme yoga au sens de concentration et maîtrise de soi, bien qu’il parle souvent d’« exercice » en anglais
Culture physique, bodybuilding et Sūryanamaskāra : K. V. Iyer
Parallèlement aux travaux du Raja de Aundh, une autre figure majeure de la culture physique indienne du début du XXe siècle illustre parfaitement la manière dont les salutations au soleil se sont développées en dehors du cadre du yoga classique, avant d’y être intégrées : K. V. Iyer.
Actif dans les années 1930, K. V. Iyer est un culturiste indien qui développe son propre système de conditionnement corporel, combinant Hatha Yoga, Sūryanamaskāra, exercices de renforcement et techniques européennes de bodybuilding. Il fonde plusieurs gymnases ainsi qu’un centre d’entraînement à Bangalore, où il propose une approche du corps axée sur la force, la vitalité et la discipline physique.

Iyer apparaît régulièrement dans des magazines internationaux de culture physique, souvent photographié dans des poses inspirées des statues grecques antiques. Il revendique sans détour le titre de « India’s most perfectly developed man ».
Pourtant, loin d’opposer tradition et modernité, il affirme que le Hatha Yoga a joué un rôle central dans son développement physique, le décrivant comme un « ancient system of body-culture » ayant contribué bien davantage à sa condition corporelle que les machines de musculation modernes.
En 1937, K. V. Iyer publie son propre livret consacré à Surya Namaskar. À l’instar de Bhavanrao Pratinidhi Pant, il ne présente toutefois pas les salutations au soleil comme une pratique relevant du yoga au sens traditionnel, mais comme une méthode de culture physique consciente, destinée au conditionnement du corps et à l’entretien de la santé.
Son approche s’inscrit dans un écosystème corporel hybride, où coexistent :
- lutte traditionnelle
- kabaddi (sport d’équipe qui mêle le tag et la lutte)
- mallakhamba (sorte de gymnastique acrobatique qui s’articule autour d’une barre)
- arts martiaux comme le lathi
- yoga, respiration et pratiques de renforcement
Cet exemple montre clairement que Sūryanamaskāra s’est d’abord développé dans le champ de la culture physique indienne moderne, avant d’être progressivement réinterprété et intégré au yoga postural par les grands enseignants du XXe siècle.
L’intégration dans le yoga postural moderne
Swami Sivananda et la dimension spirituelle
Plus tard, Swami Sivananda intègre :
- 12 noms traditionnels du soleil, Surya Deva. Ces 12 noms sacrés peuvent être chantés à chaque salutation, avec intention (bhava).
- une vision thérapeutique et énergétique
- la pratique matinale comme source de santé globale
Il contribue fortement à populariser Sūryanamaskāra dans le monde du yoga postural moderne.

Les 12 noms du soleil
- Om Mitraya Namaha – Ami de tous
- Om Ravaye Namaha – Celui qui brille
- Om Suryaya Namaha – Celui qui suscite l’activité
- Om Bhanave Namaha – Le Rayonnant
- Om Khagaya Namaha – Celui qui traverse le ciel
- Om Pushane Namaha – Le Nourricier
- Om Hirangarbhaya Namaha – L’Œuf d’or originel
- Om Marichaye Namaha – Seigneur de l’aube
- Om Adityaya Namaha – Fils d’Aditi, la bienveillante
- Om Savitre Namaha – Celui qui mérite d’être loué
- Om Arkaya Namaha – Celui qui accorde l’illumination
- Om Bhaskaraya Namaha – Celui qui fait briller la lumière
En chantant ces mantras, on ne fait pas que bouger : on médite, on invoque, on honore.
Krishnamacharya et le vinyasa
Dans les années 1930, T. Krishnamacharya intègre Sūryanamaskāra dans une approche structurée du yoga :
- utilisation du regard (drishti)
- synchronisation précise du souffle (vinyasa)
- rôle central de la séquence comme fondation du yoga dynamique

Enseignée au palais de Mysore, cette approche sera ensuite diffusée mondialement par ses élèves (notamment B K S Iyengar (1918–2014), Pattabhi Jois (1915–2009), Indra Devi (1899–2002), T.K.V. Desikachar (1938 – 2016)), notamment à travers les salutations A, B et C de l’Ashtanga Vinyasa.
Shri Yogendra et l’essor pédagogique du yoga moderne
Parallèlement à l’évolution de Sūryanamaskāra dans les écoles de yoga traditionnelles, une autre figure marquante du XXᵉ siècle a profondément influencé la diffusion pédagogique du yoga : Shri Yogendra.

Shri Yogendra (1897–1989) est une figure emblématique du renouveau du hatha yoga dans l’Inde moderne. Il est surtout connu comme le fondateur de The Yoga Institute, établi en 1918 à Mumbai, considéré comme le plus ancien centre de yoga organisé au monde.
Alors que certains enseignants contemporains se concentraient sur des formes plus méditatives ou rituelles du yoga, Yogendra a cherché à simplifier les techniques du hatha yoga pour les rendre accessibles à la population générale, au-delà des renonçants ou des pratiquants avancés.
Il a mis en place une approche structurée :
- fondée sur l’éducation pratique des postures, du souffle et des techniques respiratoires,
- adaptée à la vie quotidienne des gens,
- ouverte aux hommes, femmes et enfants de toutes origines dès 1918.
Cette démarche pédagogique a largement contribué à faire du yoga une pratique éducative et thérapeutique, diffusée dans les foyers et intégrée progressivement dans les programmes de bien-être modernes.
Dans cette optique, même si Sūryanamaskāra n’était pas explicitement codifié comme on le connaît aujourd’hui dans ses enseignements initiaux, l’œuvre de Shri Yogendra a favorisé la vulgarisation de séquences corporelles structurées, préparant le terrain à la modernisation et à l’adoption plus large des pratiques dynamiques, dont les salutations au soleil.
Pourquoi les salutations au soleil sont-elles si puissantes ?
Une pratique complète
Sūryanamaskāra agit simultanément sur :
- le corps (force, mobilité, coordination)
- la respiration (rythme, capacité pulmonaire)
- le mental (concentration, présence)
- l’énergie (activation du prāṇa)
Une méditation en mouvement
Lorsqu’elle est pratiquée consciemment, la salutation au soleil devient :
- une prière incarnée
- un rituel de présence
- un pont entre tradition et modernité
Suggestions de points d’attention durant l’exercice:
- Pratique en observant comment répond le corps
- Faire l’expérience de l’allongement musculaire pendant la pratique.
- Faire l’expérience de l’inspiration et de l’expiration pendant la pratique.
- Faire l’expérience de moments de pause du souffle entre l’inspiration et l’expiration
- Faire l’expérience du souffle sans faire de bruit pendant qu’on respire
- Faire l’expérience du contact de l’air dans la région des narines.
- Observer combien inspiration et expiration se produisent pendant votre pratique
- Faire l’expérience de la luminosité dans les yeux avec les yeux fermés.
Salutations au soleil : yoga ou fitness ?
Historiquement, Sūryanamaskāra ne provient pas directement des textes classiques du Hatha Yoga (Hatha Pradipika, Gheranda Samhita).
Elle est issue d’une culture physique spirituelle indienne, puis intégrée progressivement au yoga moderne.
Cela ne la rend ni moins noble, ni moins yogique.
Au contraire, elle rappelle que le yoga est une tradition vivante, en constante adaptation.
Il n’existe pas une salutation au soleil mais des salutations au soleil que l’on peut adapter en fonction de ses besoins et de ses capacités.
Redonner du sens à la pratique aujourd’hui
Pratiquer les salutations au soleil aujourd’hui, ce n’est pas seulement :
- enchaîner des postures
- brûler des calories
- « s’échauffer »
C’est :
- honorer le souffle
- cultiver la présence
- transformer le mouvement en conscience
En résumé : origines et évolution des salutations au soleil
Les salutations au soleil (Sūryanamaskāra) sont le fruit d’une synthèse moderne entre des racines spirituelles anciennes, la culture physique indienne et l’essor du yoga postural au XXe siècle.
Si la vénération du soleil est attestée depuis les temps védiques, les recherches historiques montrent clairement que la séquence dynamique de Sūryanamaskāra n’apparaît pas dans les textes classiques du Hatha Yoga. Elle se structure progressivement dans le contexte de l’Inde coloniale, à partir de pratiques corporelles, de rituels dévotionnels et d’exercices issus de la culture physique traditionnelle.
Les premières formes organisées de salutations au soleil sont d’abord présentées comme des exercices de santé, de vitalité et de renforcement, inscrits dans un mouvement plus large mêlant entraînement des lutteurs, gymnastique, discipline corporelle et pratiques respiratoires conscientes.
Les exercices appelés dands, ainsi que d’autres mouvements issus des akharas (écoles de lutte), présentent de fortes similitudes avec les gestes que l’on retrouve dans les salutations au soleil modernes. À cette époque, ces pratiques sont largement promues comme des outils de régénération du corps et de l’esprit, en réponse aux enjeux sanitaires, sociaux et identitaires de l’Inde colonisée.
Les premières publications systématiques sur Sūryanamaskāra (notamment celles du Raja de Aundh, Bhavanrao Pratinidhi Pant, dans les années 1920–1930) ne les présentent pas encore explicitement comme du « yoga ». Plutôt comme une méthode de culture physique consciente, associant mouvement, souffle et attention.
Ce n’est que par la suite, grâce à des figures majeures du yoga moderne telles que Swami Sivananda, Shri Yogendra et T. Krishnamacharya, que la salutation au soleil est progressivement réinterprétée, intégrée et légitimée comme une pratique yogique à part entière, devenant un pilier du yoga postural contemporain.
Cette perspective historique permet de dépasser l’opposition entre yoga ancien et yoga moderne.
La salutation au soleil n’est ni une invention déconnectée de la tradition, ni un vestige figé du passé. C’est l’expression d’un yoga vivant, capable de s’adapter aux contextes tout en conservant son intention fondamentale : unir le corps, le souffle et la conscience.
Sources
- Prasad Rangnekar – History of Yoga Course
- Haṭha Yoga Pradīpikā
- Gheraṇḍa saṃhitā
- De l’Inde à la Suisse: l’épopée du yoga
- A History of the Sun Salutation Sequence
- The Ancient Origins of Surya Namaskar: Sun Salutation
- Shri Yogendra ji: Founder of The Yoga Institute
- Sun salutations and yoga synthesis in India
- Yoga adapts to time and place
- Who was Krishnamacharya and what are the common yoga styles in Krishnamacharya Lineage?
Photo de couverture de KoolShooters

